Pierre aurait pu bûcher un peu plus…

 

Bûche  2000 Feuilles

 

Je cite :

 

« Cette bûche revisite un grand classique de la Maison Pierre Hermé, le millefeuille praliné. Le croquant de la pâte feuilletée caramélisée est accentué par le praliné feuilleté croustillant.
Côté décor, Pierre Hermé réinterprète avec humour les stéréotypes du genre : outre sa finition en écorce de bois, la scie et le père Noël deviennent XXL. Avis aux collectionneurs ! »

 

 

 

 

 

 

 

Chaque année, c’est la même chose : avec les fêtes de Noël, revient LA bûche de créateur…de plus en plus « sophistiquée » de plus en plus « revisitée »…à tel point revisitée que cette année Pierre Hermé  nous propose un bon vieux plagiat de la bûche de Stark  (vendue chez Lenôtre en 2006).

 

 

 

 

 

Je salue la maitrise technique et le savoir faire du célèbre pâtissier Pierre Hermé, cependant s’il  manque d’inspiration formelle et au lieu de (mal) copier son voisin,  pourquoi ne pas faire appelle à des designers dont, justement, c’est le métier ?

La question reste une nouvelle fois en suspend et le sujet n’a pas fini de me faire pester…

 

Mais suite à quelques commentaires et mails échangés avec Pierre Hermé…..il semblerait que j’ai été un peu trop hâtive pour traiter le célèbre chocolatier de copieur:

Apparemment, il aurait mis au point et utilisé le motif faux bois bien avant Stark et la bûche carré ferait  partie d’une série qui existe depuis longtemps…Comme je manque cruellement de documentation retraçant la carrière pâtissière de Pierre Hermé, je lui ai demandé de m’envoyer quelques images qui viendraient clore cette histoire une fois pour toute,  à suivre…

 

8 Responses to “Pierre aurait pu bûcher un peu plus…”

  1. Anne Hélène

    Bonsoir,
    Tu as bien raison, Pierre n’a certainement pas été mis au courant de tes talents brillantissimes !
    Belle soirée.

  2. Elise

    Je me met surtout à la place des autres designers qui « rament » depuis 10 ans pour faire reconnaitre le design culinaire et qui peuvent être atterrés aujourd’hui encore par ce genre de production et le peu d’intérêt que porte les professionnels de la restauration à cette discipline pourtant sensée les aider dans leur processus de création.

  3. steve

    Sans vouloir faire un procès d’intention, il est difficile de croire que P. Hermé n’ai jamais entendu parler de la bûche de Lenôtre 2006, création de P.Starck…
    C’est tout simplement affligeant de s’abaisser à ce type de plagiat.
    Cela soulève une de fois de plus la sale manie qu’on les chefs et autres pâtissiers de se copier les uns les autres. On peut cela dit citer Jacques Maximin, un chef qui revient sur le devant de la scène aujourd’hui après avoir été un des initiateurs de la nouvelle cuisine (celle des années 70 !) et qui disait : « créer n’est pas copier ».
    Formule reprise très souvent par F.Adria dans ces conférences.

  4. nicolas

    Bonjour,
    Si je peux réagir : Pierre Hermé n’est pas « forcément » un copieur. Il suit juste sont inspiration. Et combien de créations d’artiste se retrouve à se ressembler souvent par un hasard dont on ne sait.
    Qu’il se retrouve à ressembler a Starck c’est tout en son honneur. PH n’étant pas designer… Est ce son inconcscient qui a agis, surement… Toujours pour le bonheur, et la générosité pour nos papilles et yeux.

  5. nicolas

    Je voudrais rajouter : Et si il connaissait cette buche, n’a t il pas eu simplement l' »envie » de créer une buche à cette image et qui pour ma part je trouve d’une grande ressemblance avec la vérité de son personnage : généreux.
    Qu’il est voulu copier bete et méchant, c’est surement faux.
    Ce que vous écrivais est de la pure jalousie, et un manque d’intérêt à la pâtisserie de PH ajouter à un désir de nuir à son image.
    Les plus grands ont souvent beaucoup de détracteur…

  6. nicolas

    Pour rajouter encore : Je suis pas designer mais le stéréotype de cette buche (écorce) et une façon trés « classique » de ce dessert. Donc, une interprétation classique a voulu etre fourni, on va pas lui reprocher de faire un retour conscient à ses origines (son père patissier en alsace). Et d’interpréter cette buche donc en hommage à toutes les buches d’antan et pied de nez à la pâtisserie d’aujourd’hui.

  7. Pierre Hermé

    bonjour,

    Il faut porter à la connaissance de Philippe Starck un peu d’histoire récente de la pâtisserie. En 1987 j’ai crée un gâteau avec décor faux-bois, le Paradis, à l’époque chez Fauchon. En 1989 j’ai crée la première buche faux-bois, La buche Paradis. En 1988 j’ai crée avec Monsieur Daudignac de la société Matinox, le matériel pour faire du faux bois en pâtisserie à grand échelle. En 2002 j’ai fait ma première buche carré avec embouts de buche carré, la buche Carré Blanc. Cette année j’ai décidé de faire une bûche millefeuille, j’en ai pas vu encore chez mes confrères !!! La buche 2000 Feuille, habillée de faux-bois et décoré des traditionnels lutin et scie revu et corrigé en plexiglas. Le tout design par le « Pierre Noel ». Devinez qui est ce???. En fait je n’en veux pas a Philippe Starck d’avoir, en 2006 utilisé le faux bois pour la buche Lenotre il ne pouvait pas savoir. La patisserie est mon métier et la création mon credo depuis toujours.
    Bien cordialement,
    Pierre Hermé

  8. Stéphane Bureaux

    Intéressant quand même ces « rapprochements xylophiles »…Même si dans ces copeaux de hache en plastique ou de poussière de scie ego « in » plutôt, une question toutefois se détache :
    si le pâtissier fait de la création son crédo, cela en fait-il pour autant un designer ?
    Il est aujourd’hui bienvenu de mélanger les genres, très bien, on parlera de transversalité, de mix, de diversité etc… mais ce faisant on réduit aussi la notion d’expertise, de métier, de pratique inscrite dans une durée et une histoire.
    Le design qui peut paraître, au yeux de profanes, une discipline relativement jeune par rapport, notamment, à l’architecture ou même à la pâtisserie, s’ancre tout de même à la fin du 19 ème siècle !
    Or, ses prémisses sont tout de suite transversales, dans la nature des projets (arts de la table, mobilier, etc…), dans les techniques (bois, métal, céramique, plastique, etc…), dans ses dimensions commerciales (artisanat, industrie…) et bien sûr dans ses références culturelles (art populaire, art contemporain, mode, etc…).

    C’est notamment cette culture et cette vision transversales qui sont véhiculées par la pratique et la théorie dans l’enseignement des futurs designers (enfin dans les bonnes formations…) La vie professionnelle se charge ensuite d’élargir le périmètre de leurs compétences et connaissances.
    En revanche, je ne vois pas cela dans les lycées hôteliers que je visite…et c’est normal car la spécialité du designer est de créer, pas de produire ! C’est à dire proposer des projets – alternatives à l’existant – et ancrés dans un contexte donné (culturel, technique, commercial…)

    Cette différence fondamentale entre un artisan, même brillant, qui , dans sa pratique, crée dans le but de produire et un designer qui s’ouvre à un domaine artisanal ou industriel pour y proposer de la singularité, mérite d’être affirmée. Cela ne sous-tend pas, pour autant, une quelconque hiérarchie de valeur, ni une volonté d’exclusion, mais permet plutôt d’envisager des rapprochements d’autant plus riches qu’ils se feront sur la base d’un respect des domaines d’expertises des uns et des autres. Du côté des designers la motivation est grande et clairement exprimée pour initier ces collaborations… du côté des professionnels des métiers de bouches, le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est plus flou…et pourtant l’avenir de ces métiers se joue, à coup sûr, dans cette pluridisciplinarité…n’est-ce pas Monsieur Adria ?

    Stéphane Bureaux « Just Designer »